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Décés du Docteur Jean Marie Delassus

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betty_blue
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Décés du Docteur Jean Marie Delassus

Message par betty_blue » 03 sept. 2014, 15:40

C’est avec une profonde tristesse que je vous fais part du décès du Docteur Jean Marie Delassus, psychiatre, philosophe, écrivain et fondateur de l’unité de Maternologie, survenu il y a une semaine.

Il y a bientôt 30 ans, ne supportant plus de soigner « trop tard » de jeunes enfants en psychiatrie et estimant que pour certains, la naissance et les premières relations avec leur mère pouvaient avoir contribué à leurs difficultés actuelles, Jean-Marie Delassus pris la décision de s’intéresser à ces premiers moments de vie et de développement chez l’enfant et aux éventuelles difficultés psychiques et émotionnelles que leurs mères avaient pu traverser lors de cette naissance.
« …Il fallait résolument s’intéresser à l’origine, à la naissance, au premier développement. Et le premier développement de l’enfant cela se fait dans les bras de la maman, au sein de la maman, avec le père, donc il fallait aller là. *»?
C’est donc tout naturellement qu’il s’est penché sur les vécus intimes, douloureux et souvent cachés des mères et qu’il souhaita leur donner un cadre clinique spécifique, bienveillant, contenant et … soignant.
L’unité de Maternologie vit donc officiellement le jour en 1987, après plusieurs mois de réflexions et quelques premières hospitalisations conjointes mère- bébé « expérimentales ».
Dès le départ, Jean-Marie Delassus émit la volonté d’élaborer un champ clinique, théorique et thérapeutique différent de celui de la psychiatrie traditionnelle et de sa nosographie habituelle, souvent préjudiciable à l’identité et estime de soi de la mère : dépression, psychose, séparation avec le bébé, sismothérapie… Quitte à se démarquer fermement de ses autres confrères, quitte à affronter de leur part critiques – et parfois – rejets définitifs.
« …Ensuite, ne pas importer dans ce domaine délimité ainsi, des concepts importés d’une autre discipline, sans avoir vérifié s’ils étaient adéquats. Et en particulier, importer les concepts de la psychiatrie à une maman en souffrance. Je ne pense pas que cela soit la meilleure des solutions et réduire la difficulté maternelle à la simple dépression postnatale, je ne pense pas que cela soit cliniquement suffisant. »
En parallèle du développement de l’unité de Maternologie et de sa pratique médicale, Jean-Marie Delassus entreprit la rédaction de plusieurs ouvrages consacrés à la maternité psychique, s’inspirant directement de l’observation de la relation mère- bébé dans ce contexte si douloureux de la difficulté maternelle. Petit à petit, il théorisa une clinique particulière, innovante et évolutive de la maternité psychique. Ses livres furent régulièrement réédités et remaniés, parfois en totalité, preuve s’il en était, que jamais sa pensée ne fut idéologique, figée, arque boutée sur un savoir ou une pratique psy défini une fois pour toutes.
Conscient également que l’unité de Maternologie ne pouvait rester unique dans son genre, et quelque part isolée, Il entreprit avec son équipe de former les futurs professionnels de santé ou de la petite enfance ou ceux déjà en activité : séminaires colloques, interventions, formations nombreuses et variées, furent mis en place.
Nombreux furent les professionnels de santé ou de la petite enfance qui eurent tribune lors de ces colloques de maternologie.
Car si Jean-Marie Delassus était un homme de paroles, un homme qui aimait prendre la parole, pour qui chaque mot devait être le plus précis, le plus près possible de la pensée profonde, il savait également la donner.
Il n’ignorait pas que le silence qui règne chez les mères en proie à la difficulté maternelle, leur est infiniment préjudiciable et contribue largement à une méconnaissance de la maternité psychique et de ses aléas. A elles aussi, il leur donna largement la parole, soit directement dans le cadre thérapeutique, soit en reprenant leurs propos, leurs émotions, leurs peurs dans ses livres. Combien de mères ayant vécu une difficulté maternelle m’ont rapportée s’être totalement identifiées/retrouvées par rapport à ce qu’il écrivait, parfois même jusqu’au vertige … « Car après tout, il n’est pas une femme, comment peut –il savoir tout ça ? »
Peu de professionnels de santé respectait et aimait autant les mères que lui, jusque dans leurs plus noirs retranchements, quand la folie maternelle les menait à commettre l’irréparable et l’impardonnable sur leur bébé **.
« Ici, le mot fou avant d’être un terme de psychiatrie est un terme de mise à l’écart de ce qui n’est pas conforme au comportement habituel. Quand vous avez une femme qui commet les actes que nous avons évoqués, il est alors tellement impossible de l’intégrer dans la constitution sociale, institutionnelle, qu’elle ne peut être que folle. Ces femmes ne sont pas des monstres, même si elles commettent des actes monstrueux. Par rapport à tout cela, nous devons être, les uns par rapport aux autres, très indulgents et en même temps très vigilants, car véritablement, il y a quelque chose dans notre structure humaine qui flanche. Nous pouvons aller très loin dans le beau et le bon, et nous pouvons aller très loin dans l’horreur. Là réside la question humaine. »
Et puis je le redis encore une fois ici, et il faut me croire à ce sujet, Il n’y aurait jamais eu de Maman Blues, d’association, de possibilité de partages d’expériences entre mères, de soutien, de réflexions issues des premières concernées, … sans lui, sans cette rencontre il y a bientôt 15 ans.
Bien sûr, en 2014 il y aurait certainement eu quelque chose d’autre et aujourd’hui même en dehors de Maman Blues on parle enfin de ces choses-là, on s’en préoccupe et dans une mesure encore largement insuffisante on s’en occupe…
Mais sans lui, non, pas de Maman Blues : « Maman Blues est fille de la Maternologie » comme j’aimais lui répéter. A cela il me répondait invariablement : « Oui je suis heureux si ce que j’ai fait et écrit a pu t’aider, mais ça c’est ton travail et celui des femmes de l’association, et je ne veux surtout pas interférer dedans en quoi que soit ». Vaste liberté, mais parfois aussi frustrations de ne pas avoir collaborer ensemble …
Il y a un an, l’unité de Maternologie était profondément remaniée –euphémisme qui n’est pas doux du tout -. Son nom, sa pratique, son fonctionnement si spécifique et ses résultats furent balayés, effacés et même déniés ! Comme s’il ne fallait garder aucune trace de son fondateur, comme si la moindre référence au docteur Jean-Marie Delassus était tout autant insupportable pour la direction de Charcot que l’idée que des mères qui aiment pas, peu, mal ou trop leur bébé puissent bénéficier d’un tel luxe : être accompagnées nuit et jour.
N’avait-elle pas affirmé dans ses deux communiqués de presse obligés et laconiques, que la maternologie n’avait aucun fondement scientifique, qu’elle n’était reconnue de personnes et que tout autre thérapie moins « chère » conviendrait aussi bien ? Comme si les milliers de parents et d’enfants qui avaient été pris en charge là- bas pendant 25 ans et sauvés pour la plupart – au moins du risque de maltraitance et de suicide-, comme si les ouvrages, les colloques, les interventions de cet homme et de son équipe … n’étaient rien. Rien, car en France il faut avoir été publié en anglais et soutenu même mollement par quelques confrères bien placés pour être une référence scientifique. Et comme Jean- Marie Delassus n’avait pas mâché ses mots à l’égard de la psychiatrie …
Devant cette dernière attaque /bassesse, il était resté silencieux, ce qui était surprenant, lui l’homme de paroles, l’homme de débats et … de combats. En fait, il était tout simplement meurtri et s’était senti abandonné, lâché – cela il me l’avait confié. Il avait pensé qu’un livre serait une meilleure riposte, et qu’en le lisant on lui rendrait justice : c’était oublier qu’à Charcot on ne lit que les bilans comptables et qu’au ministère de la santé les livres ne doivent pas dépasser 140 caractères.
Son dernier ouvrage : la difficulté d’être mère (éditions Dunod) sortit peu après la fin de la Maternologie. Il en écrivait un autre quand sa mort est survenue il y a 8 jours.
Et la dernière fois que nous avions conversé, juste avant les vacances d’été il avait – suite à quelques suggestions de ma part – une idée d’un recueil, d’un livre-outil pour que les professionnels de santé souhaitant faire de la maternologie aient une « méthode » pour implanter cette clinique dans leur pratique et leur service.
Nous avions également parlé colloques, séminaires,…Nous avions parlé développement de la Maternologie. Nous avions parlé avenir, et devions reparler de tout cela à la rentrée.
Aujourd’hui, qu’il n’est plus, quel sera l’avenir des mères en difficulté maternelle, des professionnels qui veulent faire de la Maternologie ?
Aujourd’hui, Il n’est plus, mais il demeure…Il nous a laissé ses livres, ses mots, des émotions et des bouleversements et pour ceux ou celles qui l’ont connu plus personnellement des souvenirs, une voix, et peut être une force …
Aujourd’hui, je pense à son épouse, son fils et sa petite fille, à toutes celles qui ont travaillé à ses côtés pendant toutes ces années materno, à toutes ces mamans qui ont pu bénéficier d’un échange avec lui, à celles ou ceux qui ont lu ses livres…
Aujourd’hui, ils sont endeuillés, ils sont dans la peine.
Comme les Maman Blues et moi-même le sont : profondément, sincèrement.
Mais nous pouvons continuer seuls, il nous a montré le chemin. Aurons-nous l’envie, le courage de le poursuivre ?
Nadège Beauvois Temple


*« La vie comme elle va » France Culture - Francesca Piolojeudi 30 mai 2005Invité : Jean Marie DELASSUS.Thème : l’originaire

** « ces mères nous amènent là où la logique ne règne pas » Jean-Marie Delassus. http://www.humanite.fr/2009-06-09_socie ... as.article du 9 juin 2009
"C'est ce qui échappe aux mots que les mots doivent dire" Nathalie Sarraute
Céder sur les mots , c'est céder sur les idées.

hirondelle
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Re: Décés du Docteur Jean Marie Delassus

Message par hirondelle » 03 sept. 2014, 16:44

Quelle tristesse!
Je suis très touchée par la perte de cet homme extraordinaire. Je l'ai rencontré l'an dernier au séminaire materno où j'ai pu relever ses qualités humaines et sa force à se battre autant dans la maladie que dans la cause de la materno.
Quel dommage que cette cause ne soit pas portée comme elle le mérite. J'espère que son équipe qui vit aussi dans l'épuisement, va pouvoir aussi rebondir.
Je tire ma révérence à ce grand homme.... Merci beaucoup à lui pour ce qu'il nous a apporté
Toutes ces pierres sur lesquelles on se hisse … Et qui font de nous un édifice
On a tous au fond du mental ...Toutes ces choses fondamentales
Qui nous poussent et qui nous font pousser
Cachées là au fond du mental ...Ce sont les choses fondamentales

CC
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Re: Décés du Docteur Jean Marie Delassus

Message par CC » 03 sept. 2014, 17:35

C'est avec beaucoup d'émotion que j'apprends cette triste nouvelle. Je n'ai jamais rencontré le docteur Delassus pourtant je lui dois beaucoup. Cet homme a tant fait pour les mères... Ce qu'il a fait durant toute sa carrière (recherche, colloques, formations, création de la Maternologie...) est une très belle réussite. Dommage que tout le monde n'en est pas été conscient!
Oui le chemin/le combat initiés par Jean-Marie Dessus doivent continuer. Chacune/chacun à notre manière nous allons y contribuer.

Nathalie2012
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Re: Décés du Docteur Jean Marie Delassus

Message par Nathalie2012 » 04 sept. 2014, 17:03

C'est encore tellement tabou ce mal être face à nos enfants... Si les spécialistes pouvaient s'investir autant que lui, et ne pas réduire toute cette douleur au mot "depression"... On avancerait un peu plus. Nous perdons un homme qui nous a entendu...

weshallovercome
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Re: Décés du Docteur Jean Marie Delassus

Message par weshallovercome » 05 sept. 2014, 13:44

Aurons-nous l’envie, le courage de le poursuivre ?
Oui !
"une maman qui te ressemblerait" William Sheller

meldo
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Re: Décés du Docteur Jean Marie Delassus

Message par meldo » 06 sept. 2014, 09:49

Je suis très touchée aussi.nous allons continuer à perpétuer ses connaissances, et messages. :coeur:
« Il y a quelque chose de pire que d'avoir une mauvaise pensée. C'est d'avoir une pensée toute faite. »

Lana née le 18/09/2009, ma fille chérie tu m'as permis par des chemins accidentés de me sentir mère
Anatole né le 31/10/2012,mon bébé bonheur !

Mom
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Re: Décés du Docteur Jean Marie Delassus

Message par Mom » 06 sept. 2014, 13:02

J'en suis bien triste :/ Une pensée pour lui, ses proches, et tous ceux qui continuent son combat :coeur:
Maman de 2 petites puces, l'une née en 2009 et l'autre née en 2012.

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