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CELINE CURIOL : un quinze août à paris : histoire d'une dépr

Posté : 06 juin 2014, 16:29
par betty_blue
CELINE CURIOL : un quinze août à paris : histoire d'une dépression (actes sud)
http://www.actes-sud.fr/catalogue/litte ... aout-paris

Je recommanderai ce livre, qui n'est pas un livre sur la difficulté maternelle, mais sur la dépression, sur son vécu, ses mécanismes et son fonctionnement au quotidien, à travers un témoignage personnel.

Certaines mamans bien qu'en difficulté maternelle se sentent plus paniquées, plus angoissées par leur dépression, par les manifestations de cette maladie : symptômes, ressenti cruel, durée ...
Ce livre donc que je viens tout juste de commencer, les apaisera peut être . Il est remarquablement bien écrit. La personne explique ou du moins tente de mettre en mot le mécanisme et la logique perverse et incontrôlable de la dépression et ses effets sur notre pensée, notre capacité à ne plus réfléchir sans s'épuiser, sans tourner en rond en aveugle .

je n'en suis qu'à la page 31 et j'ai déjà surligné plein de passages. Ce récit est aussi une recherche de l'auteur sur d'autre ouvrages d'écrivains ayant tenté eux-aussi d'écrire, d'expliquer, de comprendre la dépression et surtout de tenter de faire comprendre la dépression à leur entourage.

extraits :

" Douleur mystérieuse que celle de la dépression, insaisissable puisqu'elle renverse ce qui contribuerait à la saisir, l'enchainement habituel et sain de la pensée; telle une crampe violente qui tétaniserait un muscle et que toute tentative de suppression par le mouvement ne ferait qu'accroitre ..."

" dans la plupart de nos conversations toutefois, la dépression demeure ... la dépression . Chacune prétendant connaitre ce qu’il désigne, ne cesse de retomber sur ce triste mot, qui ne dit rien parce qu'il est supposé dire tout ."

" de la dépression, il est possible de sortir, comme d'un trou comme d'un piège. je ne prétendrai pas avoir ici circoncis le problème de la dépression. Ces pages sont le fruit d'une tentative de retour sur soi, qui m'a aidée et vous aidera peut être à comprendre .Dans cette perspective s'est inscrite mon ambition: écrire le livre que j'aurai aimé lire lorsque ma vie en dépendant."

" Ce fut, je suppose le docteur B qui m'offrit le bref soulagement d'un diagnostic en mettant à ma disposition ce mot dans lequel il allait me falloir loger ce qui débordait de toutes parts."

"Mes pensées- comme mes propos- avaient alors la particularité d'être conduites par une logique singulière : si je parvenais à recenser l'intégralité des causes des évènements responsables de mon état, puis repérais une incohérence dans leur déroulement , ma situation en serait modifiée... Dangereux devenait ce raisonnement flou, fou que je suivais tête baissée, en plein délire d'omnipotence. J'étais sous l’emprise d'une conviction risquée : en construisant une représentation la plus exacte possible du passé - en parvenant à saisir tout ce qui s'y était passé - je serais en mesure d'influer sur le présent- confondu avec la perception que j'en avais ...Ainsi je restais persuadée, et il le fallait bien, de posséder encore quelques pouvoirs. En vérité, j'étais en train d’apprendre , enfin à mes dépens , qu’aucun retour en arrière, jamais, n'est possible ."

Re: CELINE CURIOL : un quinze août à paris : histoire d'une

Posté : 06 juin 2014, 16:32
par Vivre
"J'étais sous l’emprise d'une conviction risquée : en construisant une représentation la plus exacte possible du passé - en parvenant à saisir tout ce qui s'y était passé - je serais en mesure d'influer sur le présent- confondu avec la perception que j'en avais ...Ainsi je restais persuadée, et il le fallait bien, de posséder encore quelques pouvoirs. En vérité, j'étais en train d’apprendre , enfin à mes dépens , qu’aucun retour en arrière, jamais, n'est possible ."

:super:

Re: CELINE CURIOL : un quinze août à paris : histoire d'une

Posté : 06 juin 2014, 16:44
par betty_blue
C'est un fonctionnement en boucle que j'ai bien connu, hospitalisée en unité mère bébé, j'ai passé des jours à "cogiter" en boucle , croyant que la réponse à ma difficulté se trouvait ds mon passé et qu'à l'instant où je découvrirai les causes, tout s’évanouirait comme par enchantement... c'est moi qui ai du désenchanter... parfois le remède consiste seulement à accepter que la souffrance vous traverse et à accepter de s'en remettre aux autres ...

Re: CELINE CURIOL : un quinze août à paris : histoire d'une

Posté : 06 juin 2014, 16:49
par betty_blue
autre extrait :
" Ma délivrance passerait par l'effet d'une parole, j'en avais le pressentiment. à cette parole, je pourrais m’accrocher comme à une planche de salut pour naviguer ds les eaux tumultueuses de ma propre pensée. Par son extrême justesse, cette parole souveraine ferait taire toutes mes spéculations. Elle imposerait le calme ds son petit royaume plein de tumulte et, par sa vérité incontestable, rendrait la réalité, dont je m'entétais à retenir la version la plus foudroyante, tolérable. Ainsi j'espérais qu'une des rares personnes auxquelles je me confiais prononce enfin une phrase magique qui me sauverait. Cette phrase aurait contenu le monde qui m'avait été enlevé; elle aurait été une vraie promesses.
Mais cette phrase ne vint jamais. Puisqu'elle ne pouvait pas alors exister."

Re: CELINE CURIOL : un quinze août à paris : histoire d'une

Posté : 11 juin 2014, 09:28
par weshallovercome
ça me fait penser à Elif Shafak, mais avec encore plus de précision ...

Re: CELINE CURIOL : un quinze août à paris : histoire d'une

Posté : 13 juin 2014, 23:28
par Alice
Ainsi j'espérais qu'une des rares personnes auxquelles je me confiais prononce enfin une phrase magique qui me sauverait. Cette phrase aurait contenu le monde qui m'avait été enlevé; elle aurait été une vraie promesses.
Mais cette phrase ne vint jamais. Puisqu'elle ne pouvait pas alors exister."
Tous ces extraits me parlent tellement ; je crois que j'attends toujours cette phrase magique, ce déclic !
Je viens d'acheter le livre.

Re: CELINE CURIOL : un quinze août à paris : histoire d'une

Posté : 16 juin 2014, 07:54
par betty_blue
Encore des extraits :
"Voici ce qui bouleverse la personne en dépression : plus aucune phrase, prononcée par qui que se soit, ne se niche en elle. Plus aucune phrase ne résonne" suffisamment ... vraisemblable, afin de constituer dés lors le vaisseau de son sauvetage."
"Là j'étais seule, si seule que je n'arrivais pas même à me dédoubler entre première et troisième personne, afin de m'observer avec un peu plus de distance depuis cette plateforme mentale que l'on utilise pour prendre du recul sur soi."
"Car ce que recherche la personne en crise , ce sont des bras mentaux entre lesquels venir se reposer, des bras aussi tendres, aussi forts que la plus généreuse forme de compréhension."

Re: CELINE CURIOL : un quinze août à paris : histoire d'une

Posté : 16 juin 2014, 07:55
par betty_blue
Certains passages sont parfois plus difficiles d’accès que les autres, enfin à mes yeux :)