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Tout commence en cette belle journée ensoleillée du mardi 03 septembre 2013, où j’ai atterri dans une petite grotte toute sombre. D’après le manuel des fœtus, je suis dans le ventre de ma maman. Je ne savais pas encore que j’allais vivre une incroyable aventure ! Les jours passant, je grandis petit à petit. Maman a deviné très tôt, dès le premier jour, qu’elle était enceinte, de moi ! Il faut dire que je lui en ai fait baver : nausées et vomissements à profusion ! Je me souviens l’avoir entendu dire qu’elle devait être enceinte d’une petite fille pour être aussi pénible ! Mais cette grossesse, maman ne la voulait pas, elle était triste, je l’entendais pleurer très souvent.

A un mois, je ne sais pas pourquoi, j’ai été envahi par une vague de sang. Maman a couru aux urgences. Le médecin lui a dit que j’étais partie. Maman a été soulagée et peinée à la fois. Pendant une semaine, je n’ai plus osé rien faire. Maman n’était plus malade. Je ne savais pas quoi faire. J’étais là moi. Rien dans mon manuel de fœtus n'expliquait ce que je devais faire dans ce cas. Maman non plus apparemment. Puis passa une semaine maman retourna chez le médecin pour voir si « tout était bien parti ». Et ce fut le choc pour maman puisque j’étais là ! Mon tout petit cœur battait ! Maman a fondu en larmes, si bien qu’elle a dû rester à l’hôpital toute la journée. Personne ne la comprenait, me disait-elle en me caressant dans son ventre.

Elle pleurait, beaucoup, pendant des semaines. Elle était désespérée. Moi je refaisais mon train-train quotidien, la rendant très malade de nouveau. Elle ne bougeait plus, le médecin lui avait dit de rester alitée. C’était une grossesse pathologique, disait son médecin. Moi petit Survivor, je ne savais pas si je devais être triste ou heureux.

Puis, j’ai eu trois mois. Je devais me sentir aussi malade que maman. Une nouvelle marée de sang m’engloutit. Je me souviens avoir entendu un homme lui crier très fort dessus, lui hurlant que tout était de la faute de maman, qu’elle était une plaie, que de toute façon il ne bougerait pas de la maison pour l’emmener voir un médecin… J’ai compris bien plus tard que ça allait être mon papa… Peut-être ai-je eu peur ? Maman avait pris mon grand frère pour l’emmener chez papy mamie et se rendre aux urgences. Là, le médecin lui annonça que c’était fini, que cette fois-ci, j’étais bel et bien parti. Le médecin a dit à maman qu’elle était encore jeune, qu’elle aurait le temps de réessayer, que fallait pas s’en vouloir. Encore un homme qui ne comprenait rien et qui était n’écoutait pas la douleur de ma maman. Pourtant j’étais là, accrochée à ma maman. Je l’aimais tellement déjà ! Elle me parlait tous les jours, pour me rassurer, me dire qu’elle me protègerait de ce monde dangereux. Pendant des semaines, je n’ai plus oser bouger. Je me faisais le plus petit possible. Ma maman pleurait, tout le temps, elle disait que cet enfant elle ne le voulait pas, qu’il n’était pas désirée par elle, qu’il n’avait pas été fait avec amour. Elle m’en a beaucoup voulu d’avoir résisté à deux fausses fausses-couches. Que j’aurais dû partir. Que tout aurait été si simple si je n’avais plus été là. Qu’elle ne saurait pas s’occuper de moi. Que tout était trop dur. Que les hommes étaient parfois violents.

Puis vint l’écho du sexe. Maman a croisé les doigts très forts pour que je sois un garçon, pour me protéger, disait-elle. Je n’avais pas compris à l’époque ce que ça voulait dire. Quand le gynécologue, un charmant homme pour sa part, lui a dit que j’étais une petite fille, que c’était génial comme ça elle avait le choix du roi, qu’elle allait pouvoir s’amuser à m’habiller et à me coiffer, maman a retenu ses larmes. Puis arrivée à la maison, elle éclata en sanglots… Une fille. Je crois que ça, c’était son pire cauchemar. Elle m’expliqua un soir où nous étions seules, que mon papa était un homme violent, qu’il faudra être forte pour ne pas subir. Elle m’a aussi dit que mon papy, le papa de papa, était un homme dangereux. Je n’ai pas encore bien compris ce que ça voulait dire.

Puis, au bout de 8 mois, trouvant que j’avais assez attendu, j’ai pointé mon petit bout de nez. L’ambiance semblait tendue dans la salle. J’ai d’abord vu une gentille dame toute vêtue de bleue, rassurée de me voir. Elle m’a dit que j’avais mis de très longues heures à arriver mais que tout allait bien maintenant. Après j’ai vu mon papa, assis au fond de la salle les bras croisés. Puis, enfin ma maman ! Qu’elle était belle ! J’ai tout de suite reconnue sa voix. Je me suis blottie contre elle, calée sous une grosse couverture chauffante. Je me souviens lui avoir attrapé sa petite tête avec mes petites mains toutes neuves. Après, j’ai pas trop compris, maman a explosé en sanglots et larmes. La gentille dame bleue m’a vite repris pour me poser et est allée voir ma maman. Je ne voyais pas mon papa. Pourquoi il ne m’a pas pris dans ses bras lui ? Maman allait très mal, mais personne ne semblait s’en occuper, la dame en bleue m’avait déjà repris pour me tourner dans les sens. Je hurlais du mieux que je pouvais. Je voulais maman. Puis la dame en bleue est partie. Maman a crié sur papa de partir de la salle. Papa criait très fort sur maman. Je ne comprenais pas pourquoi du haut de mes deux heures de vie.

Puis papa est parti. De toute façon, il ne servait à rien puisque maman continuait de pleurer. J’étais de nouveau contre elle. J’étais rassurée et inquiète… Maman me disait qu’elle m’aimait, très fort, mais qu’elle ne pouvait pas me garder. Elle a dit qu’elle allait m’abandonner à la maternité. Que c’était trop dur. Elle m’embrassa et me serra très fort contre elle.

Mais jamais elle ne m’abandonna. Aujourd’hui elle s’en veut, car elle pense que je suis malade à cause des phrases terribles dites pendant que je me préparais à naître, et cette phrase de l’abandon dite un peu à demi-mot cette fameuse nuit du 22 mai 2014. Je m’appelle Lola.